La vie tourne ces temps-ci au mauvais roman. Un couple qui se
déchire, c'est deux mauvais acteurs. Jouant l'un des rôles principaux,
je peux difficilement apporter un jugement objectif sur la situation.
Ce
qui domine chez moi, c'est la déception par rapport à l'image que
j'avais de l'autre. (Sans revenir sur l'adultère, qui comme elle le dit
avec insistance n'est plus aujourd'hui considéré comme un délit.) Et ce
qui domine aussi chez l'autre, c'est le soupçon. Elle me croyait
incapable de mentir, et je lui ai menti. Quand on ment, on pense
toujours que c'est pour de bonnes raisons, pour ne pas blesser, pour ne
pas entrer dans le conflit. Pas de chance, cela n'a pas suffi pour
éviter l'arrivée de cette tempête qui est en train de tourner au
cyclone.
Dommages collatéraux, dommage, dommage, nos
enfants, devenus enjeux de chantage affectif. De part et d'autre,
dira-t-on pour éviter toute subjectivité, sachant qu'évidemment chacun,
en parent irresponsable, accuse l'autre sans se regarder lui-même.
Comment
ai-je pu en arriver à mentir à ce point, moi qui avait adhéré avec
enthousiasme aux mots de Václav Havel, qui parlait dans "Le pouvoir des
sans-pouvoir" de la puissance qu'apportait le refus du mensonge, de la
sérénité qu'apportait la vie dans la vérité ? Pour lui cacher que
j'avais installé, fin décembre, ce
keylogger (enregistreur de
frappes clavier) grâce auquel j'ai récupéré tous ses mots de passe, et
pu aller découvrir sur ses messageries et chats privés comment elle
préparait, jour après jour, son passage à l'acte. Sans le lui dire,
contrairement à ce qui s'était passé il y a quelques années, en me
disant qu'elle n'oserait pas, qu'elle n'avait pas pris tous ces
engagements, à la mairie, à l'église, pour les renier ensuite... Jusqu'à
ce que cela éclate au grand jour.
Comment ne pas
mentir aux enfants et éviter de les blesser, eux qui sont quand même
tellement perturbés par cette tension entre nous, depuis le mois de
décembre ? Elle parle de thérapie familiale mais elle a planifié la
destruction de notre famille. Comment reconstruire quelque chose avec
sérénité quand, en face, tout n'est que froideur, mensonge, et
hypocrisie en société ?
Je voudrais lui laisser le
temps de se reprendre, car je persiste à penser que ce n'est pas elle.
Mais je ne suis pas exorciste, hypnotiseur spécialisé dans la
reprogrammation, ni manipulateur mental. Je me contente de me mettre en
retrait, parce qu'une grande lassitude m'étreint, et qu'à ce jour il me
faut continuer à assurer mon activité professionnelle, et tout ce
qu'elle ne fait pas à la maison, depuis des années, en m'accusant de ne
pas prendre ma part dans les activités domestiques.
Et je souffre toujours, malgré le bien être de mon nouvel être intérieur, reconstruit grâce à ma thérapeute.